Bayonne : un sans-abri décédé devant le parvis de la cathédrale.

Un homme de 48 ans, sans logis, a été retrouvé sans vie jeudi matin, assis sur le parvis de la cathédrale. Ses camarades de la rue lui ont rendu un émouvant hommage.

Bayonne : un sans-abri décédé devant le parvis de la cathédraleLes camarades de Patrick, dit « L’Indien », ont allumé des cierges dans l’après-midi.

Jeudi 13 novembre à 14 heures, sur le parvis de la cathédrale, brûle un petit cierge rouge. À proximité, sur la place Louis-Pasteur, se tiennent deux amis de « L’Indien » dont ils pleurent la disparition. Leur camarade, aussi sans logis, a été trouvé le matin à cet endroit même sans vie, assis en tailleur, sous le porche. À notre arrivée, l’un s’échappe, par pudeur. L’autre, qui répond au surnom de « Silence », veut bien parler de son ami disparu, avec tout autant de pudeur.

 Le matin, lorsqu’il a vu le corps de son comparse emmené par les employés des pompes funèbres, les mots lui ont manqué. « Il était devant la cathédrale en position assise. Ils l’ont allongé. On se reparle plus tard », propose « Silence ». Entre-temps, le quinquagénaire a écrit un mot d’hommage à « L’Indien », qu’il a déposé sur la pierre froide de la cathédrale, avec la bougie. Il y est question de cet ami de la rue, Patrick de son prénom, côtoyé depuis plusieurs années, avec lequel il partageait parfois des « cigarettes améliorées » et qui « a rejoint les grandes plaines, à jamais ».

Passage aux urgences

« Silence » porte un collier fait de plumes et de coquillages, trouvé dans une poubelle devant un magasin de confection. « Je voulais le montrer à ‘‘L’Indien »», narre-t-il avec tendresse. Une petite blague qu’il lui aurait faite, pour égayer le quotidien, alors qu’il ignorait l’origine même du surnom du quadragénaire qui partageait, depuis plusieurs années, son temps entre les villes de Bayonne et Biarritz. « Cela fait trois ans que je suis sur Bayonne, je l’ai toujours vu », témoigne ce Normand d’origine, mais citoyen du monde revendiqué.

L’été, « L’Indien » dormait dans le square de la bibliothèque. L’hiver, on le trouvait à proximité de l’office de tourisme de Bayonne, sur le parvis de la cathédrale, mais aussi à Biarritz (il dépendait du Centre communal d’action sociale de la Ville), près de la plage et du casino, dans un parking. Ces derniers temps, « L’Indien » ne bougeait guère du parvis de la cathédrale. « Il avait de graves problèmes de santé et avait fait un passage aux urgences », assure « Silence », et « des difficultés pour se déplacer ». Un autre compagnon de manche mentionne des faiblesses de pancréas et des problèmes pulmonaires…

Aucun ne l’a vu « partir »

Lorsque le corps de Patrick, 48 ans, a été enlevé jeudi matin du parvis de la cathédrale, en présence des services de la police municipale et nationale, il présentait une raideur cadavérique manifeste d’un décès remontant à plusieurs heures. Le corps ne portait pas de trace de coup.

Et la cause naturelle du décès ne fait guère de doute. Un examen pratiqué ce vendredi par un médecin légiste permettra de le confirmer.

« Hier soir, je suis passé vers 21 h 30, je l’ai appelé : ‘‘Eh, le Breton ! » Il a pas répondu. J’ai pensé qu’il dormait car il dormait très tôt », lance Pascal. « Je lui avais dit qu’il y avait un squat, il voulait pas y aller. » Le soir du décès de « L’Indien », ils ont été nombreux à partager le repas ou quelques phrases avec lui. Aucun ne l’a vu « partir ».

Jean-Daniel Elichiry, directeur de l’association d’accueil, d’hébergement et d’insertion sociale Atherbea, témoigne de la fragilité de ces vies brûlées par la galère de la rue. « Il y a trois ans, en avril, nous avons connu trois décès. C’était une rude épreuve. Parmi eux, deux hommes ont été retrouvés assis au bord de leur lit, morts d’un arrêt cardiaque. 45-50 ans est un âge critique mais pour les personnes sans logis, cela peut être très rapide car les corps sont usés. C’est la misère », assure Jean-Daniel Elichiry.

« On est une famille »

Patrick dit « L’Indien » avait 48 ans, il était originaire de Vannes, en Bretagne. Ses compagnons le croyaient de Guingamp ou de Lorient. Ils partageaient beaucoup de sa vie quotidienne. Ils savaient ce qu’il buvait (trop) et ce qu’il mangeait (insuffisamment). Ils connaissaient sa fatigue et sa lassitude de l’existence. De sa vie d’avant, ils savaient si peu, mais l’essentiel. Qu’il avait été mis à la porte par ses parents, et que quelque part, vit son enfant, que les autorités vont s’efforcer de retrouver. « Il ne pouvait pas le voir, à cause de sa vie dans la rue », lance un ami.

Jeudi, vers 15 h 30, lorsque « Silence », Éric, Pascal et les autres ont fini de raconter pourquoi ils aimaient « L’Indien », leur « rayon de soleil », le parvis de la cathédrale s’était couvert de 48 cierges, allumés par ses compagnons, accourus des quatre coins du centre-ville. « On est une famille », a expliqué « Ramsès », d’une voix caverneuse.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s